Le football algérien n’échappe pas aux complications administratives qui perturbent régulièrement son calendrier. La dernière illustration en date concerne la rencontre de la 3e journée de Ligue 1 entre le MC Alger et l’ES Ben Aknoun. Prévu initialement ce week-end, le match a été reporté à une date ultérieure après un long bras de fer entre la direction mouloudéenne et la Ligue de football professionnel (LFP).
Le report du duel MCA-ESBA est le fruit de tractations intenses, marquées par des arguments juridiques, des refus d’enceintes, la fermeté de l’entraîneur Mokwena et même des propositions délocalisées. Finalement, la LFP a cédé, offrant au Doyen un précieux répit, même si l’issue favorable était loin d’être acquise au départ.
Le premier argument avancé par le MCA concernait ses joueurs convoqués en sélection. Mohammed Zougrana avec le Burkina Faso, Alhassane Bangoura avec la Guinée et Alexis Guendouz avec l’Algérie. Mais un détail est venu fragiliser le dossier : la convocation de Bangoura avait été émise lorsqu’il appartenait encore au Milo FC de Kankan.
Cet élément, retenu par la LFP, réduisait la validité de l’argumentation mouloudéenne. Pour autant, le club a poursuivi son plaidoyer, considérant que l’esprit du règlement devait primer sur la lettre.
Stades refusés et options écartées
Sur le plan logistique, la situation n’était guère plus simple. Le stade Ali-la-Pointe de Douéra étant indisponible, le MCA s’est tourné vers l’enceinte de Blida. Mais la demande d’accueil au stade Mustapha-Tchaker a été sèchement refusée, alors même que le club y avait disputé un derby contre l’USMA peu de temps auparavant.
Le fait que MCA-ESBA soit prévu à huis clos rendait ce refus difficile à comprendre, renforçant l’impression que le Doyen devenait indésirable dans certaines enceintes.
Pour contourner l’impasse, certains avaient suggéré de recourir à un terrain synthétique. Mais Rhulani Mokwena, technicien sud-africain intraitable, a opposé une fin de non-recevoir. Pour lui, ces surfaces sont non seulement inadaptées au haut niveau, mais surtout dangereuses pour ses joueurs à l’approche des échéances africaines.
Ce refus ferme a refermé une porte, mettant la LFP face à ses responsabilités. Dans sa quête d’une solution, le MCA a même proposé de disputer le match loin de la capitale, à Annaba ou Oran. L’argument tenait d’autant plus que le huis clos neutralisait toute contrainte logistique liée au public. Mais la Ligue a rejeté cette option, considérant qu’elle pourrait créer un précédent embarrassant pour l’organisation future du championnat.
Un répit stratégique et psychologique
Après plusieurs jours de tractations, la LFP a finalement tranché en faveur du report, officialisant sa décision par un communiqué.
Pour le Mouloudia, ce sursis représente une aubaine à plusieurs niveaux. Sportivement, le staff médical dispose désormais de temps supplémentaire pour soigner les blessés, évitant toute précipitation dans les retours. Administrativement, le club peut intégrer plus sereinement ses nouvelles recrues, notamment Zinedine Ferhat et Ishak Boussouf, qui bénéficieront d’une préparation complète avant de faire leurs débuts en Vert et Rouge.
Sur le plan psychologique, ce report agit comme une bouffée d’oxygène. Les joueurs, soumis à une pression intense depuis le début de saison, voient leur calendrier allégé et peuvent mieux gérer leurs efforts. Mokwena, connu pour son exigence, profite lui aussi de cette pause forcée pour consolider ses schémas tactiques et renforcer la cohésion d’un groupe en pleine mutation.
Un symptôme récurrent du football algérien
Au-delà du cas précis de MCA-ESBA, cet épisode met en lumière les difficultés structurelles du football algérien. La rareté des infrastructures homologuées, les règlements parfois interprétés de manière rigide et les luttes d’influence entre clubs et instances fragilisent la régularité du championnat.
Chaque saison, de tels cas alimentent les polémiques et posent la question de la crédibilité des compétitions. Le Mouloudia sort certes gagnant de ce bras de fer, mais le problème de fond demeure.
Tant que les solutions reposeront sur des compromis ponctuels, le football national restera exposé aux aléas administratifs et aux tensions politiques autour des stades.
Le vrai défi reste de construire une organisation sportive claire, stable et équitable, pour que les débats se jouent sur le terrain plutôt que dans les bureaux.
Ce report, qui apparaît aujourd’hui comme une victoire administrative pour le Doyen, n’est-il pas aussi le révélateur d’un mal plus profond qui continue de miner le football algérien ?