Dans l’imaginaire collectif algérien, le football n’a jamais été un simple sport. Il est un langage populaire, une scène où se mêlent passion, identité et solidarité.
Samedi soir, alors que le MCA affrontait le FC Fassell du Liberia à huis clos au stade Ali-La-Pointe, près de 10 000 supporters se sont rassemblés à Bab El Oued pour suivre la rencontre sur écran géant. Cette communion sportive a rapidement dépassé le cadre du football pour devenir un acte de solidarité politique et sociale.
Dès l’après-midi, le quartier populaire d’Alger s’est transformé en véritable stade à ciel ouvert. Drapés de vert et de rouge, les fans du Doyen ont afflué vers l’esplanade, impatients de vivre ensemble un moment de communion.
Les chants à la gloire du Mouloudia se sont mêlés à des slogans en faveur de la Palestine. Des keffiehs, des drapeaux palestiniens et une banderole où l’on pouvait lire « La Palestine toujours forte » dominaient la foule. Dans une ambiance festive mais disciplinée, les supporters ont rappelé que le football peut être aussi une tribune pour les causes justes.
Une organisation exemplaire
Fait marquant : aucun service de police ni dispositif officiel de sécurité n’était visible sur place. L’événement, malgré l’ampleur de la foule, s’est déroulé sans le moindre incident.
Les supporters eux-mêmes ont pris en main l’organisation, assurant discipline et autogestion. Familles, jeunes et anciens ont partagé cet instant dans une atmosphère bon enfant, prouvant que la passion collective peut rimer avec responsabilité.
Privés de tribunes par la sanction du huis clos, les fans du MCA ont trouvé dans Bab El Oued une alternative symbolique et puissante. Là où certains auraient choisi la résignation, les Chnaoua ont recréé un stade populaire.
Les clameurs accompagnaient chaque action et chaque but du Mouloudia : d’abord Abdellaoui, puis Bayazid, enfin Messoussa, chacun ayant fait exploser de joie une foule qui vibrait comme dans une véritable enceinte sportive.
Ce type de mobilisation n’étonne guère lorsqu’on connaît l’histoire du MCA. Fondé en 1921, en pleine période coloniale, le club incarna très tôt une identité populaire et patriotique.
Durant la guerre de libération, il devint un symbole de résistance culturelle face au colonisateur, et cette dimension militante n’a jamais quitté son ADN.
Aujourd’hui, ce flambeau est repris par ses supporters, qui lient leur passion pour le football à un engagement citoyen et politique.
Pour eux, soutenir la cause palestinienne s’inscrit dans une continuité historique : hier la lutte pour l’indépendance, aujourd’hui la solidarité avec un peuple opprimé. Le Mouloudia est ainsi devenu bien plus qu’une équipe : un miroir des luttes et des espoirs de ses fidèles.
Les témoignages de ce soutien sont nombreux. En 2023, les supporters avaient déployé un tifo monumental en faveur de la Palestine, salué bien au-delà des frontières algériennes. Dans chaque match, les banderoles et slogans de solidarité rappellent la constance de cet engagement.
Plus encore, les drapeaux palestiniens sont devenus des symboles permanents des tribunes mouloudéennes, indissociables du vert et rouge du club.
Mais l’engagement dépasse la symbolique. Lors de l’anniversaire du MCA, une initiative citoyenne menée par ses supporters avait permis de collecter des dons pour la population de Ghaza.
Résultat : près de 200 000 repas distribués, grâce à une mobilisation exceptionnelle. Cette action a confirmé que le Mouloudia ne se limite pas à des gestes de soutien dans les gradins, mais agit concrètement en faveur de ceux qui souffrent.
À travers ces démonstrations, les fans du MCA rappellent que le football peut être un outil de mémoire et de résistance. Les rassemblements comme celui de Bab El Oued montrent que l’amour du club est indissociable d’un engagement plus large.
Là où d’autres publics se limitent au spectacle, les Chnaoua voient dans chaque match une occasion de faire vivre une identité, une histoire et une solidarité. Leur attitude disciplinée, l’organisation sans heurts et la communion autour du match prouvent que le football peut aussi servir de modèle de cohésion sociale. Le MCA, dans sa dimension populaire, reste un acteur central de cette dynamique.
En fin de compte, l’histoire du Mouloudia d’Alger s’écrit au-delà des terrains. Forgée dans l’esprit d’indépendance, elle continue de s’incarner aujourd’hui à travers ses supporters. Tant que les drapeaux palestiniens flotteront dans les tribunes, le MCA restera un symbole vivant d’engagement et de fidélité aux causes justes.
Le MCA n’est-il pas la preuve qu’un club peut dépasser son rôle sportif pour devenir une conscience collective ?