La Confédération africaine de football (CAF) traverse une nouvelle zone de turbulences institutionnelles après la révélation, par une enquête du quotidien britannique The Guardian, des coulisses du très controversé changement de format de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN).
L’annonce, faite le 20 décembre par le président de la CAF, Patrice Motsepe, d’une organisation du tournoi une fois tous les quatre ans à partir de 2028, a provoqué une onde de choc au sein des fédérations africaines et ravivé les débats récurrents sur la gouvernance, la transparence et le respect des statuts au sein de l’instance continentale.
Une décision prise dans un cercle restreint
Selon l’enquête du Guardian, plusieurs présidents de fédérations africaines n’auraient pas été consultés avant l’annonce officielle de cette réforme majeure. Le changement aurait été décidé au sein d’un cercle restreint de membres du comité exécutif de la CAF, sans que la question ne soit soumise à l’assemblée générale, qui regroupe pourtant les 54 associations membres.
Cette procédure pose problème, dans la mesure où les statuts de la CAF stipulent que toute modification substantielle touchant aux compétitions majeures doit être validée par l’assemblée générale.
Un dirigeant africain, cité anonymement par le journal britannique, affirme que « la décision était prise à l’avance, sans véritable débat », laissant entendre que les consultations internes n’auraient été qu’une formalité. Ces révélations jettent une lumière crue sur les mécanismes décisionnels de la CAF et alimentent le sentiment d’exclusion ressenti par plusieurs fédérations, notamment les plus modestes.
La défense de la CAF et les zones d’ombre juridiques
Face à la polémique, la CAF a rapidement réagi en défendant la légalité de sa démarche. L’instance soutient que le comité exécutif a approuvé la décision à l’unanimité et qu’il dispose des prérogatives nécessaires pour statuer sur l’organisation des compétitions. Cette lecture des statuts est toutefois loin de faire l’unanimité.
Des experts juridiques interrogés dans le cadre de l’enquête estiment qu’une réforme d’une telle ampleur, qui modifie en profondeur le calendrier, les revenus et l’équilibre sportif du football africain, ne peut se contenter d’une validation interne.
Des enjeux financiers et sportifs majeurs
Selon eux, seule une approbation explicite de l’assemblée générale serait conforme aux règles de gouvernance et aux principes de transparence que la CAF affirme promouvoir. Au-delà du débat juridique, le changement de périodicité de la CAN soulève de lourds enjeux économiques et sportifs.
L’ancien vice-président de la CAF, Constant Omari, a mis en garde contre les conséquences potentielles de cette réforme. Il rappelle que la CAN organisée tous les deux ans constitue une source de revenus essentielle pour la confédération, mais aussi pour de nombreuses fédérations nationales qui dépendent de ces recettes pour financer leurs programmes de développement.
Sur le plan sportif, la CAN biennale offre une vitrine régulière aux joueurs évoluant dans les championnats locaux et permet de maintenir une dynamique compétitive au sein du continent. Passer à un rythme quadriennal pourrait, selon les critiques, réduire la visibilité du football africain, freiner l’émergence de nouveaux talents et accentuer la dépendance vis-à-vis des compétitions internationales organisées hors du continent.
Une fracture interne de plus en plus visible
Cette affaire met en évidence un clivage grandissant au sein de la CAF entre une direction centralisée et des fédérations qui réclament davantage de concertation et de respect des procédures. Elle intervient dans un contexte où la gouvernance du football africain est régulièrement remise en question, notamment après les scandales et crises qui ont marqué les précédentes décennies.
Les appels à une réforme des modes de prise de décision se multiplient. Plusieurs dirigeants estiment que la crédibilité de la CAF passe par un retour à des pratiques plus inclusives, fondées sur le dialogue, la transparence et la primauté des textes réglementaires.
Une crise aux issues encore incertaines
Entre contestations internes, interrogations juridiques et risques de recours formels, le dossier de la réforme de la CAN reste ouvert.
Des scénarios de contestation devant les instances compétentes ne sont pas à exclure, tandis que la pression médiatique et institutionnelle pourrait contraindre la CAF à revoir sa copie ou, à tout le moins, à soumettre la décision à l’assemblée générale.
Finalement, cette crise dépasse largement la question du calendrier de la Coupe d’Afrique des Nations. Elle pose, une fois de plus, la question centrale de la gouvernance du football africain et de la capacité de ses dirigeants à concilier efficacité décisionnelle, respect des règles et adhésion des acteurs du continent. Dans un football africain en quête de stabilité et de reconnaissance mondiale, l’issue de ce dossier pourrait bien faire figure de test majeur pour l’avenir de la CAF.