Au lendemain d’une finale de la Coupe d’Afrique des nations marquée par des scènes de chaos inédites, le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, a multiplié les démarches auprès de plusieurs fédérations africaines afin d’obtenir des messages officiels saluant « la qualité de l’organisation » du tournoi au Maroc.
Des fédérations comme celles de l’Egypte, de la Tunisie ou encore du Cameroun ont ainsi publié des communiqués aux allures protocolaires, remerciant le Royaume pour l’accueil et la réussite logistique de la compétition.
En apparence anodine, cette vague de messages s’inscrit pourtant dans une logique plus politique que sportive. Selon plusieurs observateurs, l’objectif est double : d’abord, tenter de réparer une image écornée par les graves dysfonctionnements observés lors de la finale — violences dans les tribunes, intrusion massive de centaines de personnes sur la pelouse, gestion sécuritaire contestée et retrait de la sélection sénégalaise — ensuite, imposer un récit selon lequel les critiques émaneraient d’un seul acteur isolé, l’Algérie, présentée implicitement comme l’unique voix discordante sur le continent.
Cette lecture est renforcée par un communiqué du cabinet royal marocain publié récemment, évoquant la victoire de la « fraternité africaine » et affirmant que « les manœuvres hostiles n’atteindront pas leurs objectifs ». Une déclaration lourde de sens, qui, loin d’éteindre la controverse, confirme que l’enjeu dépasse largement le cadre sportif.
En coulisses, y compris dans le cas très commenté de la lettre de félicitations du Premier ministre sénégalais — obtenue, selon plusieurs sources, à la suite d’insistances diplomatiques — un seul horizon semble désormais guider les stratégies : la Coupe du monde 2030. La CAN est terminée, mais ses conséquences, elles, commencent à peine à se faire sentir.
Car la finale de cette édition n’était pas une rencontre ordinaire. En présence du président de la FIFA, Gianni Infantino, elle constituait un véritable « test de résistance » pour le Maroc, candidat à l’organisation du Mondial 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal. Gestion des flux de supporters, sécurité, réactivité face aux incidents, solidité logistique : tous les critères observés lors d’une Coupe du monde étaient, de fait, réunis.
Les images diffusées à travers le monde ont cependant suscité de vives interrogations. Les scènes de désordre derrière les cages du gardien sénégalais Édouard Mendy, l’intervention massive et mal coordonnée des forces de sécurité sur la pelouse en pleine tension, ainsi que la polémique arbitrale prolongée, ont mis en lumière la fragilité du dispositif organisationnel sous pression extrême. Une question s’est alors imposée : le Maroc dispose-t-il réellement des capacités techniques et sécuritaires nécessaires pour coorganiser une Coupe du monde ?
Cette inquiétude a été particulièrement relevée à Madrid. Pour l’Espagne, le dossier 2030 n’est pas un projet symbolique, mais un engagement stratégique à très haut risque, impliquant gouvernements, investisseurs, assureurs et grands groupes d’infrastructure. Dans cette optique, toute défaillance d’un partenaire rejaillit sur l’ensemble du projet. La logique européenne est ici résolument pragmatique : ni complaisance, ni solidarité de façade.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la démarche espagnole des derniers jours, consistant à collecter images, vidéos, rapports et témoignages détaillant les failles observées durant la CAN, y compris les problèmes de billetterie lors de certains matchs, notamment ceux impliquant l’Algérie. Il ne s’agit pas d’un acte hostile envers Rabat, mais d’une évaluation froide des risques.
Ainsi, le débat a discrètement glissé : d’une querelle sur le lieu de la finale du Mondial — finalement attribuée au stade Santiago Bernabéu — vers une interrogation bien plus fondamentale : la candidature tripartite est-elle capable de résister aux imprévus majeurs sans compromettre l’événement ?
Dans ce contexte tendu, la mobilisation africaine orchestrée par Fouzi Lekjaa apparaît moins comme une célébration de la réussite continentale que comme une opération de communication défensive. Une tentative de colmater les brèches avant que le dossier 2030 n’entre dans sa phase décisive.