Entre dépenses financières importantes, rendement sportif discutable et impact limité sur le football national, le sujet mérite une analyse approfondie, d’autant plus que le faible taux de représentation des joueurs issus du championnat local lors de la CAN-2025 ne fait qu’accentuer le malaise.
Une charge financière lourde pour la trésorerie publique
Chaque saison, les clubs du championnat professionnel algérien consacrent des budgets considérables au recrutement de joueurs étrangers, majoritairement africains.
Or, dans un système où la majorité des clubs dépend largement de financements publics ou para-publics, cette politique de recrutement pèse directement sur la trésorerie de l’État.
Salaires élevés, primes de signature, logements, billets d’avion et charges administratives représentent des coûts importants, rarement compensés par des performances sportives ou des retombées économiques tangibles.
La saison 2025-2026 illustre parfaitement cette problématique. Pas moins de 42 joueurs étrangers évoluent actuellement en Ligue 1 professionnelle, dont 40 de nationalités africaines, répartis sur la quasi-totalité des clubs. Un chiffre significatif qui pose la question de la rentabilité réelle de ces investissements.
Une répartition inégale entre les clubs
L’analyse de la répartition de ces joueurs étrangers révèle de fortes disparités. Sur les 16 équipes composant l’élite, seulement deux clubs, à savoir l’ES Mostaganem et le MC El Bayadh ont fait le choix de ne recruter aucun joueur étranger.
En revanche, les 14 autres clubs ont opté, à des degrés divers, pour l’importation de talents venus d’ailleurs.
Certains sont allés encore plus loin en recrutant quatre joueurs étrangers en une seule saison, à l’image de clubs emblématiques comme le MC Alger, la JS Kabylie, le CR Belouizdad et l’USM Alger. Une politique agressive qui témoigne d’une confiance parfois excessive dans l’apport supposé du joueur étranger.
Un rendement sportif largement insuffisant
Si l’objectif affiché de ces recrutements est d’élever le niveau du championnat et d’apporter une plus-value technique et tactique, la réalité du terrain semble bien différente. Les chiffres de temps de jeu sont particulièrement révélateurs : sur les 42 joueurs africains présents, seuls deux ont dépassé le seuil des 1 000 minutes de jeu.
Il s’agit du défenseur Malone, sociétaire de l’USM Alger, et de l’attaquant gambien Sidya Jeral, évoluant sous les couleurs de l’ES Sétif.
Tous les autres se partagent un bilan nettement moins flatteur : banc de touche, apparitions sporadiques ou incapacité à s’imposer durablement dans leurs équipes respectives.
Pour certains, l’expérience algérienne s’apparente déjà à un échec sportif.
Un impact limité sur les sélections nationales
Cette situation soulève une autre interrogation majeure : celle de l’impact de ces recrutements sur le développement du football national. Le faible nombre de joueurs issus du championnat algérien convoqués lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations démontre que le niveau local ne progresse pas de manière significative, malgré l’afflux de joueurs étrangers.
Au contraire, cette politique pourrait freiner l’émergence de talents locaux, privés de temps de jeu et de confiance, au profit de joueurs importés dont la contribution reste souvent marginale.
À long terme, cela affaiblit le réservoir de joueurs disponibles pour les sélections nationales et compromet la stratégie de formation.
Vers une réévaluation urgente de la politique de recrutement
Face à ce constat, une réévaluation urgente de la politique de recrutement des joueurs étrangers s’impose. Il ne s’agit pas de fermer la porte à toute contribution extérieure, mais plutôt d’instaurer des critères plus stricts, basés sur la qualité, l’expérience et l’utilité réelle du joueur recruté.
Limiter d’avantage le nombre de joueurs étrangers (actuellement fixé à quatre joueurs par équipe), renforcer le scouting local, investir davantage dans les centres de formation et conditionner les recrutements à des objectifs sportifs clairs pourraient permettre de réduire le saignement financier tout en améliorant le rendement sportif global.
En somme, les chiffres de la saison 2025-2026 ouvrent clairement la porte au débat. Entre dépenses élevées, rendement limité et impact discutable sur le football national, la présence massive de joueurs étrangers dans le championnat algérien interpelle.
Sans une réforme réfléchie et courageuse, le risque est grand de voir se perpétuer un modèle