Accueil ÉTRANGERJeûne des joueurs musulmans en Europe : Entre respect anglais et rigidité française

Jeûne des joueurs musulmans en Europe : Entre respect anglais et rigidité française

par B. Elias
Jeûne des joueurs musulmans en Europe : Entre respect anglais et rigidité française

Chaque année, le mois de Ramadan insuffle une atmosphère particulière aux musulmans du monde entier. En Europe, les footballeurs musulmans ne dérogent pas à la règle : ils observent le jeûne tout en poursuivant la compétition au plus haut niveau.

Entre exigences physiques et engagement spirituel, ils doivent adapter leurs entraînements, leur alimentation et leur récupération afin de préserver leur performance durant l’une des périodes les plus intenses de la saison.

Mais avec l’arrivée du Ramadan, un débat ressurgit systématiquement dans le paysage footballistique européen : faut-il aménager les rencontres pour respecter la pratique religieuse des joueurs, ou appliquer strictement les règlements sans exception ? Tandis que certaines ligues optent pour la souplesse, d’autres campent sur une position plus rigide.

L’Angleterre, un modèle de pragmatisme

En Angleterre, la Premier League a choisi une approche pragmatique et inclusive. Depuis 2021, un protocole clair permet d’interrompre brièvement une rencontre à l’heure du coucher du soleil afin que les joueurs concernés puissent rompre leur jeûne. Cette pause, organisée en concertation avec l’arbitre et les capitaines des deux équipes, intervient uniquement lors d’un arrêt naturel du jeu — touche, six mètres ou autre phase neutre — et jamais pendant une action dangereuse.

Le premier exemple marquant remonte à avril 2021, lors d’un match entre Leicester City et Crystal Palace. L’arbitre avait alors brièvement stoppé la rencontre pour permettre à certains joueurs de s’hydrater et de consommer quelques dattes. Le geste avait été largement salué, perçu comme le symbole d’un football anglais attentif à la diversité culturelle et religieuse.

Cette ouverture ne se limite pas aux décisions arbitrales. Les clubs eux-mêmes adaptent leurs méthodes de travail. À Liverpool FC, des aménagements d’horaires ont été mis en place pour faciliter le jeûne de joueurs comme Sadio Mané. L’international sénégalais avait expliqué que les séances d’entraînement avaient été déplacées le matin afin de rendre la journée plus supportable, tout en bénéficiant d’un suivi nutritionnel personnalisé. Il avait notamment évoqué le rôle clé de la nutritionniste Mona Nemmer dans l’adaptation des programmes alimentaires.

D’autres joueurs ont affirmé que le jeûne n’altérait pas leur compétitivité. Abdoulaye Doucouré a souvent souligné que sa foi constituait une priorité, tout en assurant qu’il était possible de concilier religion et professionnalisme.

Plus récemment, lors de la saison 2024-2025, une scène similaire a marqué les esprits lorsque le jeu a été brièvement interrompu pour permettre à Noussair Mazraoui de rompre son jeûne, un moment salué par les supporters.

Au-delà du terrain, plusieurs clubs anglais organisent également des ruptures collectives du jeûne dans leurs stades, renforçant ainsi les liens communautaires et l’image d’un football ouvert et inclusif.

La France et le principe de neutralité

À l’inverse, la Ligue de Football Professionnel, qui supervise notamment la Ligue 1, maintient une position stricte. Aucun arrêt de jeu ne peut être accordé pour motif religieux, au nom du principe de neutralité découlant de la laïcité.

En mars 2023, la commission fédérale des arbitres a réitéré cette consigne dans une circulaire officielle : les matches ne doivent pas être interrompus pour permettre la rupture du jeûne. Cette ligne de conduite a suscité des controverses, notamment lors d’une rencontre entre Angers SCO et AS Monaco, où un arrêt de jeu pour blessure avait coïncidé avec l’heure de l’iftar.

L’épisode avait déclenché un vif débat médiatique et politique. Certains y voyaient une entorse au principe de laïcité, tandis que d’autres estimaient qu’un minimum de souplesse ne remettait pas en cause les fondements républicains.

Entre foi et performance

Au cœur de cette controverse, les principaux concernés continuent de jongler entre exigences sportives et engagement religieux. Pour beaucoup, le jeûne représente un défi physique, mais aussi une source de discipline et de force mentale.

L’opposition entre l’approche anglaise et la position française illustre deux visions différentes du rapport entre sport et religion. L’une privilégie l’adaptation pragmatique sans altérer l’équité sportive ; l’autre défend une application stricte des règlements au nom de la neutralité.

À mesure que le nombre de joueurs musulmans augmente dans les championnats européens, la question de l’équilibre entre respect des convictions et cadre réglementaire continuera sans doute d’alimenter le débat. Une chose demeure certaine : sur les pelouses comme en dehors, ces athlètes prouvent chaque année qu’il est possible de conjuguer foi et haut niveau.

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