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CAF : Quand la gouvernance cède face aux pressions et aux jeux d’influence

par B. Elias
CAF : Quand la gouvernance cède face aux pressions et aux jeux d’influence

Il aura fallu du temps, mais il semble que le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, ait enfin pris conscience d’une réalité pourtant évidente depuis plusieurs années : la CAF n’est plus dirigée par le respect strict des règlements et des principes institutionnels, mais par une logique de pression, d’arrangements et de faits accomplis.
Une dérive qui transforme ce qui devrait être des réformes structurelles en simples décisions improvisées, ensuite maquillées en communiqués officiels.

Le malaise actuel ne surgit pas par hasard. Il est le résultat d’un climat de plus en plus tendu au sein des instances africaines, alimenté par des manœuvres répétées, des changements de décisions de dernière minute, et une gestion opaque des dossiers sensibles. En coulisses, la tension est palpable, et les équilibres institutionnels semblent constamment remis en cause.
Au cœur de cette agitation, un acteur apparaît omniprésent : Faouzi Lekjaa. Son influence s’étend sur presque tous les aspects de la gestion du football africain — de l’organisation des compétitions à leur programmation, du poids politique aux stratégies de gestion de crise. À tel point que la CAF donne parfois l’impression d’être administrée selon des intérêts conjoncturels, comme s’il s’agissait d’une structure privée, ajustable au gré des circonstances.

Le retrait marocain : un aveu qui dérange
La situation prend une tournure presque surréaliste avec l’annonce du retrait du Maroc de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations féminine. Une décision qui surprend, voire choque, surtout de la part d’un pays qui n’a cessé de se présenter comme une référence continentale en matière d’organisation et de logistique sportive.
La justification officielle avancée laisse perplexe : un manque de liquidités financières pour assurer le financement de la compétition. Plus étonnant encore, la solution proposée consisterait à demander à la CAF d’injecter davantage de fonds pour sauver l’événement.

Cet épisode soulève naturellement une série d’interrogations fondamentales : Comment un pays qui ambitionne d’accueillir les plus grandes compétitions mondiales peut-il se déclarer incapable de financer une CAN féminine ?
L’organisation des tournois continentaux relève-t-elle d’un engagement réel ou d’un simple outil de négociation et de pression ?
La CAF est-elle une institution indépendante régie par des règles claires, ou un guichet financier mobilisable selon les besoins et les rapports de force ?
Ces questions restent sans réponses claires, tandis que les décisions continuent de s’enchaîner dans un flou préoccupant.

Le football féminin, victime collatérale
Le plus regrettable dans cette affaire demeure l’impact direct sur le football féminin africain. Alors que son développement est régulièrement mis en avant dans les discours officiels, il devient, dans la pratique, la première victime des calculs politiques et financiers. Derrière les slogans sur la “promotion du football africain”, la réalité révèle une discipline reléguée au second plan dès que les intérêts divergent.

Il ne s’agit pas d’un épisode isolé ni d’un simple dysfonctionnement passager. C’est le symptôme d’une CAF fragilisée, dont l’autorité et la crédibilité s’érodent au fil des compromis et des concessions.
À force de céder aux pressions, l’institution perd progressivement ce qui faisait sa force : la cohérence, la neutralité et le respect de ses propres règles.

La question n’est donc plus de savoir si la CAF traverse une crise, mais jusqu’à quand cette mise en scène pourra se poursuivre, et surtout qui continuera à en payer le prix.
Comme souvent, les premières victimes sont connues : le football africain, ses supporters, et plus que jamais, le football féminin, sacrifié sur l’autel des intérêts et des rapports de force.

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