Les déclarations de l’ancien international ivoirien Yaya Touré ont provoqué une onde de choc dans le paysage du football africain.
Rarement une figure aussi respectée du continent s’était exprimée avec une telle fermeté, dénonçant ouvertement ce qu’il considère comme une injustice flagrante et un usage dévoyé du concept de « fair-play », souvent invoqué de manière sélective lorsque certains intérêts sont en jeu.
« Je suis un joueur intègre, mais je n’accepterai jamais d’être injustement traité devant le monde entier », a martelé l’ancien milieu de terrain de Manchester City.
Une phrase lourde de sens, qui résume à elle seule la posture adoptée par Touré : celle d’un homme refusant que son héritage, et plus largement celui du football africain, soit sali au nom d’une morale sportive à géométrie variable.
Dans ce discours sans concession, Yaya Touré a tenu à saluer la réaction et la solidité mentale de la sélection sénégalaise lors de la finale. Selon lui, le comportement des Lions de la Teranga a été exemplaire dans un contexte marqué par des tentatives répétées de déstabilisation. « J’ai été impressionné par la réponse du Sénégal et par sa force psychologique en finale », a-t-il souligné, estimant que sans cette résilience, leur parcours en Coupe d’Afrique des nations aurait tout simplement pris fin.
Pour Touré, le Sénégal ne s’est pas contenté de gagner un trophée : il a affirmé sa supériorité sur tous les plans, sportif, mental et moral. Une domination qui rend, à ses yeux, leur deuxième étoile non seulement légitime, mais pleinement méritée.
L’ancien capitaine des Éléphants s’est montré particulièrement critique envers l’utilisation du concept de jeu fair-play, qu’il juge instrumentalisé lorsqu’il sert à masquer des pratiques injustes.
« Le fair-play ne m’intéresse plus lorsque l’injustice cherche à s’imposer et à détruire mon héritage », a-t-il lancé avec véhémence, répétant à plusieurs reprises qu’il ne l’accepterait jamais sous cette forme.
Dans cette optique, Touré estime que l’obsession pour l’image et la discipline formelle ne doit jamais primer sur la vérité sportive. Il va même jusqu’à affirmer, de manière provocatrice, que peu importe les sanctions que la CAF ou la FIFA pourraient infliger au Sénégal : « Qu’ils les suspendent à vie s’ils le veulent… ils ont remporté leur deuxième étoile, et elle est amplement méritée. »
L’un des passages les plus explosifs de ses déclarations concerne des faits précis survenus durant la rencontre.
Yaya Touré accuse ouvertement certains ramasseurs de balles, ainsi que des joueurs marocains présents sur le banc de touche, d’avoir tenté de perturber le gardien sénégalais en lui retirant sa serviette, indispensable pour s’essuyer le visage sous une pluie légère. Il affirme que les mêmes pratiques auraient été utilisées auparavant contre le gardien nigérian.
Ces gestes, souvent invisibles pour le grand public mais décisifs dans un match de très haut niveau, posent une question fondamentale : peut-on encore parler de fair-play lorsque toutes les méthodes sont utilisées pour gagner ? Pour Touré, la réponse est claire. « Ils étaient prêts à tout pour remporter la Coupe d’Afrique des nations… mais le Sénégal était trop fort, à tous les niveaux. »
Enfin, Yaya Touré n’a pas hésité à pointer du doigt l’arbitrage, estimant qu’un but sénégalais annulé aurait dû être validé sans la moindre contestation. Plus grave encore, il affirme que si une situation identique avait profité au Maroc, le but n’aurait jamais été refusé. Une accusation lourde, qui ravive les débats récurrents sur l’impartialité arbitrale et la crédibilité des instances dirigeantes du football africain. En rompant le silence avec autant de force, Yaya Touré ne s’exprime pas uniquement en tant qu’ancien joueur. Il parle comme témoin privilégié d’un système qu’il estime gangrené par des pratiques injustes et des doubles standards. Son message dépasse le cadre d’un simple match ou d’une compétition : il s’agit d’un appel à la lucidité, voire à une réforme profonde, pour préserver l’intégrité et la dignité du football africain.
Dans un contexte où la CAF et la FIFA sont régulièrement accusées d’inaction ou de complaisance, ces déclarations résonnent comme un avertissement. Le fair-play, pour être crédible, doit s’appliquer à tous, sans distinction ni calcul politique. Sans cela, il ne restera qu’un slogan vidé de son sens, incapable de masquer une réalité de plus en plus contestée.