La Confédération africaine de football (CAF) a récemment rendu publiques les sanctions infligées à l’équipe nationale algérienne à la suite du match face au Nigeria.
Des décisions qui, à première vue, peuvent paraître lourdes, tant sur le plan disciplinaire que financier, avec des amendes atteignant les 100 000 dollars, dont 50 000 dollars pour un fait pour le moins surprenant : une scène où des supporters algériens ont été filmés brandissant des billets de banque, une infraction jugée disproportionnée, voire ridicule, par de nombreux observateurs.
Pourtant, au regard de ce qui se préparait en coulisses et du contenu particulièrement accablant des rapports rédigés par le commissaire du match et le responsable de la sécurité, ces sanctions apparaissent presque comme clémente.
Les deux rapports en question étaient d’une gravité extrême et visaient explicitement à incriminer une dizaine de personnes en bloc, parmi lesquelles les joueurs, Zidane, Belghali, Hadj Moussa, Zerrouki, Mandi, un assistant du sélectionneur Vladimir Petković, ainsi que plusieurs membres des staffs médical et administratif. Une tentative manifeste d’élargir le champ des responsabilités et de construire un dossier à charge massif contre la délégation algérienne.
Une défense juridique offensive de la FAF
Consciente des enjeux, la Fédération algérienne de football (FAF) a comparu samedi dernier devant la commission de discipline de la CAF lors d’une audience tenue en visioconférence. La délégation algérienne était conduite par le secrétaire général Nadir Bouznad et le président de la FAF, Walid Sadi. Loin d’adopter une posture défensive classique, les représentants algériens ont présenté un dossier juridique solide, méthodiquement construit, visant à démonter point par point ce qu’ils ont qualifié de « scénario prémédité ».
La FAF a ainsi réfuté l’ensemble des accusations contenues dans les rapports, soulignant l’absence totale de preuves matérielles, vidéo ou juridiques susceptibles d’étayer les allégations visant les personnes incriminées. Plus encore, Bouznad et Sadi sont allés jusqu’à mettre en cause la mauvaise foi des rédacteurs des rapports, dénonçant un travail orienté, biaisé et influencé par un lobby bien identifié au sein des instances africaines. Une accusation grave, mais assumée, qui marque un tournant dans la manière dont l’Algérie choisit désormais d’affronter la CAF.
Des sanctions réduites sous pression
Ce plaidoyer offensif, combiné au contexte explosif dans lequel se trouve actuellement la CAF — fragilisée par le scandale entourant la finale du tournoi continental — semble avoir pesé lourd dans la balance. Le verdict final a été nettement en deçà de ce que laissaient présager les rapports initiaux.
Ainsi, seules des sanctions individuelles limitées ont été retenues : deux matchs de suspension pour le portier Luca Zidane, et quatre matchs pour Belghali, dont deux avec sursis. Les lourdes sanctions envisagées contre les autres joueurs et membres du staff ont été abandonnées, faute de preuves tangibles.
Quant aux amendes financières, elles seront directement prélevées sur la prime de 1,3 million de dollars accordée à l’Algérie par la CAF pour sa qualification en quarts de finale.
Cap sur la commission de recours… puis le TAS ?
Malgré ce recul partiel de la CAF, la FAF ne compte pas s’arrêter là. L’instance fédérale algérienne s’apprête à saisir la commission d’appel de la CAF, avec un objectif clair : exiger le fondement juridique précis et la valeur probante de chaque sanction prononcée. Deux scénarios sont désormais possibles : soit la commission d’appel revoit les décisions et les réadapte strictement aux textes réglementaires, soit elle les confirme en l’état.
Dans ce second cas, la FAF est déterminée à porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne, en Suisse. Une démarche qui rappelle le précédent du contentieux opposant l’USM Alger à la Renaissance de Berkane, et qui pourrait une nouvelle fois exposer la CAF à une défaite juridique retentissante sur la scène internationale.
Une bataille coûteuse mais nécessaire
Certes, une procédure devant le TAS est longue, complexe et financièrement coûteuse. Mais pour de nombreux observateurs algériens, il n’y a désormais plus grand-chose à perdre face à une institution dont les dysfonctionnements ont été mis à nu lors du tournoi organisé au Maroc en 2025.
Les événements récents ont révélé au grand jour l’influence du lobby conduit par Fouzi Lekjaa, les mécanismes opaques de gouvernance, ainsi que l’exécution méthodique de ce que certains appellent déjà « l’accord de Kinshasa », impliquant arbitres nommément cités et responsables fédéraux complaisants.
Plus inquiétant encore est le silence persistant de la FIFA, perçu par beaucoup comme une forme de complicité tacite face aux dérives de la CAF et à la marginalisation progressive de certaines fédérations, dont l’Algérie.