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La CAN 2025, miroir des rivalités régionales : Quand le football dépasse le terrain…

par B. Elias
La CAN 2025, miroir des rivalités régionales : Quand le football dépasse le terrain…

Depuis le succès organisationnel du Championnat d’Afrique des nations des joueurs locaux (CHAN) 2022 en Algérie, le football africain est devenu bien plus qu’un simple terrain de compétition sportive. Il s’est transformé en un espace d’expression des rivalités régionales, où se mêlent ambitions politiques, enjeux d’image et stratégies d’influence.

Le cas de la Coupe d’Afrique des nations 2025 illustre de manière éloquente cette imbrication entre sport et géopolitique, notamment à travers la confrontation indirecte entre l’Algérie et le Maroc. L’organisation réussie du CHAN 2022 en Algérie a constitué un tournant majeur. Sur les plans logistique, sécuritaire et infrastructurel, l’événement a été unanimement salué, mettant en lumière la capacité du pays à accueillir des compétitions continentales de grande envergure.

Le CHAN 2022, déclencheur d’un repositionnement régional
La mise en service de nouveaux stades modernes, répartis sur plusieurs villes, a renforcé cette image de sérieux et de maîtrise organisationnelle.
Ce succès n’est pas passé inaperçu dans la région. Il a contribué à raviver certaines tensions latentes, notamment au Maroc, où des voix se sont élevées pour contester la montée en puissance sportive et symbolique de l’Algérie. Dans ce contexte, le sport est progressivement devenu un prolongement de la rivalité politique entre les deux pays.

La proposition algérienne pour la CAN 2025
Dans la foulée du CHAN, les hauts responsables du pays avaient vu d’un bon œil la proposition du président de la CAF, Patrice Motsepe, de confier à l’Algérie l’organisation de la CAN 2025. Mieux, ils ont assuré qu’ils étaient prêts à mettre sur la table un dossier solide : neuf stades opérationnels répartis sur sept villes, tous dotés des équipements et infrastructures nécessaires à la réussite d’un tel événement.
Selon plusieurs observateurs, cette proposition avait suscité un réel enthousiasme au sein de la CAF, tant elle reposait sur des acquis concrets plutôt que sur des promesses. L’approche algérienne se voulait pragmatique, axée sur la durabilité des infrastructures et leur utilité à long terme pour la jeunesse et le championnat national.

La riposte marocaine et la logique de surenchère
Face à cette dynamique, le Maroc a opté pour une stratégie radicalement différente. L’objectif n’était plus seulement d’organiser la compétition, mais de devancer l’Algérie à tout prix. Cette démarche s’est traduite par un projet massif de construction et de rénovation de stades, reposant sur un endettement estimé à plus de 16 milliards de dollars, selon certaines sources.
Cette course contre la montre a été perçue par les observateurs comme une logique de surenchère, davantage motivée par des considérations politiques et symboliques que par une vision sportive durable.

Les accusations de lobbying intense, voire de pratiques de corruption au sein des instances décisionnelles du football africain, ont également alimenté le débat, même si elles restent difficiles à établir de manière officielle. Dans ce climat, l’Algérie a finalement choisi de se retirer de la course à l’organisation de la CAN 2025.
Contrairement au discours dominant, ce retrait n’a pas été vécu comme une défaite, mais comme une décision souveraine.

Le retrait algérien : un choix stratégique
Les autorités algériennes ont estimé que l’essentiel était ailleurs : les infrastructures étaient déjà là, opérationnelles, et destinées en priorité aux sportifs algériens et au développement du football national.
Ce choix a été largement soutenu par l’opinion publique, qui a vu dans cette décision une manière de refuser l’escalade et de ne pas s’inscrire dans une logique de compétition coûteuse et stérile. Le message était clair : le sport doit servir le développement interne avant de devenir un outil de prestige extérieur.

Une CAN 2025 sous haute tension symbolique
L’issue de la CAN 2025 a ajouté une dimension supplémentaire à cette lecture critique. Malgré les investissements colossaux consentis par le Maroc, le trophée a échappé au pays hôte, revenant au Sénégal, dont le sélectionneur perçoit un salaire sans commune mesure avec les sommes engagées par les organisateurs du tournoi. Ce contraste a été largement commenté, mettant en évidence les limites d’une approche fondée principalement sur l’argent et l’image. Par ailleurs, certains analystes estiment que cette mobilisation sportive massive visait aussi à détourner l’attention de tensions internes au royaume, notamment autour des équilibres de pouvoir et des incertitudes liées à la succession au sommet de l’État. Dans cette perspective, le football aurait servi de vitrine, voire de soupape politique.

Le sport africain entre ambition et dérives
Au final, l’épisode de la CAN 2025 pose une question fondamentale : quelle place le sport doit-il occuper dans les stratégies nationales africaines ? Doit-il être un outil de développement durable, centré sur la formation, les infrastructures et la jeunesse, ou un instrument de rivalité et de communication politique, parfois au prix d’un endettement lourd et de choix discutables ?

L’expérience algérienne semble privilégier la première option, misant sur des infrastructures pérennes et une vision à long terme. À l’inverse, l’exemple marocain, tel qu’il est perçu par ses critiques, illustre les risques d’une politisation excessive du sport.
Ainsi, au-delà du résultat sportif, la CAN 2025 restera comme un cas d’école révélateur des tensions, des ambitions et des contradictions qui traversent aujourd’hui le football africain, à la croisée des chemins entre passion populaire, enjeux économiques et calculs géopolitiques.

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