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La CAN des scandales

par B. Elias
La CAN des scandales

Lorsque la corruption gangrène les institutions, la mort cesse d’être un choc. Elle devient une statistique, un détail embarrassant que l’on préfère étouffer par le silence.
Pire encore, l’indifférence se transforme en politique officielle et le mépris de la vie humaine en posture assumée. Ce qui se déroule en marge de la Coupe d’Afrique des nations des scandales ne relève plus de la simple négligence, mais d’une faillite morale profonde.

La Confédération africaine de football (CAF), dirigée par Patrice Motsepe, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une controverse grave après la découverte du corps sans vie du journaliste malien Mohamed Soumaré dans son appartement à Rabat. Un drame humain d’une extrême gravité, survenu en pleine compétition continentale, et qui n’a pourtant suscité… aucune réaction officielle de l’instance africaine. Pas un communiqué. Pas un mot de condoléances. Pas même une reconnaissance formelle du décès.

Le silence comme aveu
Ce mutisme glaçant ne peut être interprété comme un simple oubli. Il confirme, au contraire, une hiérarchisation cynique des priorités : préserver l’image de la compétition, assurer son bon déroulement médiatique et, surtout, garantir que le trophée soit remis au pays organisateur, coûte que coûte. Même si le prix à payer est humain.

Le message envoyé est d’une brutalité sans détour : la vie d’un journaliste africain vaut moins que la mise en scène d’un tournoi. Dans cette logique, l’être humain devient une variable gênante, un élément perturbateur qu’il convient de faire disparaître du récit officiel.
La responsabilité ne s’arrête pas aux portes de la CAF. Les autorités en charge de la justice et de la communication institutionnelle ont, elles aussi, failli à leur devoir. La rapidité avec laquelle certains responsables se sont exprimés sur l’affaire du supporter algérien injustement incarcéré contraste violemment avec l’opacité entourant la mort de Mohamed Soumaré.

Aucune conférence de presse explicative. Aucun rapport clair sur les circonstances du décès. Aucune transparence. Ce traitement différencié interroge et choque. Il traduit un grave manque de considération pour un principe fondamental : la vie humaine n’est jamais secondaire.

Une CAN qui accumule les zones d’ombre
Ce drame vient s’ajouter à une série de polémiques ayant marqué cette CAN, au point de transformer ce qui devait être une fête du football africain en un enchaînement de controverses. Arbitrage contesté, décisions opaques, atteintes aux droits des supporters, pressions médiatiques : le malaise est profond et structurel.
En refusant de s’exprimer, la CAF ne protège pas l’institution.
Elle l’expose davantage. Car le silence, dans de telles circonstances, ne calme pas les consciences ; il les accuse.

La mort de Mohamed Soumaré mérite plus que des rumeurs et des suppositions. Elle exige des explications claires, une enquête transparente et une communication responsable.
À défaut, le soupçon s’installe durablement, nourrissant l’idée que certaines vies peuvent être sacrifiées sur l’autel du spectacle et des intérêts politiques.
Le football africain ne peut prétendre à la modernité et à la crédibilité internationale tout en reproduisant des pratiques d’un autre âge, où l’opacité règne et où la dignité humaine est reléguée au second plan.

Ce qui se passe aujourd’hui restera une tache sombre dans l’histoire de la CAF. Une tâche qui ne concerne pas seulement le pays organisateur, mais avant tout une instance continentale qui a choisi le silence là où l’humanité imposait la parole.
Car lorsqu’une institution sportive n’est plus capable de s’arrêter pour reconnaître la mort d’un homme, elle perd bien plus qu’un peu de crédibilité : elle perd son âme.

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