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La CAN face à un tournant historique : Entre pressions européennes et perte d’identité

par Abderrahim A.
La CAN face à un tournant historique : Entre pressions européennes et perte d’identité

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) a toujours été bien plus qu’une simple compétition de football. Depuis sa création en 1957 à Khartoum, elle incarne un symbole fort de l’unité africaine, de l’affirmation identitaire du continent et de son indépendance sportive face aux grandes puissances du football mondial.
Pourtant, une décision récente de la Confédération africaine de football (CAF) marque une rupture profonde avec cet héritage et ouvre un débat majeur sur l’avenir du football africain.

Pendant des décennies, la CAF a été dirigée par des hommes qui, malgré les pressions extérieures, ont su préserver l’âme de la compétition. Le duo composé de Tessema et d’Issa Hayatou, qui a présidé la CAF durant une période clé de son histoire, n’a jamais cédé aux exigences européennes visant à modifier le rythme de la CAN.
En maintenant l’organisation du tournoi tous les deux ans, ils ont défendu un choix stratégique, conscient que cette régularité constituait un pilier fondamental du développement du football africain.

Le 20 novembre 2025 est ainsi perçu par de nombreux observateurs comme un jour triste dans l’histoire du football africain. La décision prise sous la présidence de Patrice Motsepe de modifier le format de la Coupe d’Afrique des Nations, afin de la faire passer d’un rythme biennal à une organisation tous les quatre ans, représente un tournant aux conséquences potentiellement lourdes.

Cette réforme rompt avec une tradition de plus de soixante ans et aligne la CAN sur le modèle des compétitions européennes et mondiales, au risque de diluer sa spécificité. Ce changement ne peut être analysé indépendamment du contexte international actuel.
Le football africain se retrouve de plus en plus sous l’influence directe de l’Europe, notamment à travers les clubs qui emploient la majorité des meilleurs joueurs africains. En espaçant la CAN, la CAF semble céder à des pressions visant à réduire les périodes d’indisponibilité des joueurs africains au profit des championnats européens.

Ainsi, le football africain risque de se retrouver placé « sous la tutelle » de l’Europe, perdant progressivement sa capacité à décider souverainement de son propre calendrier.
Dans ce même contexte, le rôle de la FIFA et de son président Gianni Infantino est vivement critiqué. Infantino apparaît comme cherchant avant tout à satisfaire les clubs européens, parfois au détriment des intérêts du football africain. Les pressions exercées à la suite de la participation controversée des clubs à son projet de Coupe du monde des clubs élargie, qui ne fait toujours pas l’unanimité, illustrent cette dynamique. Pour apaiser les tensions avec les grandes puissances économiques du football, des concessions semblent être faites, et l’Afrique en paie le prix.

Or, l’objectif initial de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations tous les deux ans dépassait largement le cadre sportif. La CAN constituait un espace de visibilité régulière pour les nations africaines, un moteur de cohésion sociale et politique, et une source d’inspiration pour des millions de jeunes à travers le continent. Elle permettait également aux sélections moins médiatisées de bénéficier d’opportunités fréquentes pour progresser, se révéler et écrire leur propre histoire.

Avec son nouveau format, la CAN risque de perdre cette dimension. En devenant un événement plus rare, elle pourrait voir s’atténuer l’engouement populaire qui la caractérise. Sa « saveur », forgée par la fréquence, l’intensité émotionnelle et la proximité avec les supporters, pourrait s’estomper. La compétition, autrefois unique par son rythme et son identité, risque de devenir une copie affaiblie de tournois déjà existants, sans la même charge symbolique.

En somme, la réforme du calendrier de la Coupe d’Afrique des Nations soulève une question fondamentale : le football africain peut-il encore décider librement de son avenir ? En s’éloignant de ses traditions pour répondre à des intérêts extérieurs, la CAF prend le risque de fragiliser l’un des plus puissants symboles sportifs du continent. La CAN, telle qu’elle a été pensée à l’origine, n’était pas seulement un tournoi ; elle était une affirmation. La préserver, c’était préserver une part essentielle de l’identité africaine dans le football mondial.

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