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Le Maroc essuie une autre gifle

par B. Elias
Le Maroc essuie une autre gifle

Alors que beaucoup s’attendaient à des sanctions lourdes, voire à un scénario spectaculaire allant jusqu’au retrait d’un titre, la décision finale de la Confédération africaine de football (CAF) concernant le dossier Sénégal–Maroc a finalement accouché d’un verdict froid, calculé et minutieusement pesé. Aucune déchéance, aucune punition exemplaire à la hauteur du tumulte médiatique et populaire : le Sénégal sort à nouveau gagnant, cette fois-ci en dehors du rectangle vert.

Contrairement aux rumeurs largement relayées, notamment sur les réseaux sociaux, la CAF n’a ni frappé fort ni cédé aux pressions émotionnelles. La décision rendue est le fruit d’un long travail, relu ligne par ligne, retravaillé à plusieurs reprises avant sa publication officielle. En apparence, un processus institutionnel classique. En réalité, les coulisses racontent une tout autre histoire.
Pour la première fois depuis longtemps, ce dossier a provoqué de véritables fractures au sein des instances dirigeantes de la CAF. Les divergences ne relevaient pas simplement de lectures juridiques différentes, mais traduisaient des tensions profondes, alimentées par un contexte inédit : l’intervention directe de la FIFA.

Il ne s’agissait pas d’un coup de téléphone isolé ni d’un simple avis consultatif. La FIFA – sans que Gianni Infantino n’apparaisse publiquement dans le dossier – a exercé une surveillance en temps réel et un pressing constant sur l’évolution du traitement disciplinaire du cas Maroc–Sénégal. Cette implication s’explique par l’ampleur internationale qu’a prise l’affaire, notamment dans la presse européenne, où les critiques sur la gouvernance du football africain se sont multipliées.
Dès lors, la marge de manœuvre habituelle de certains acteurs influents s’est considérablement réduite. Le dossier est devenu explosif. Les discussions internes ont laissé place à des échanges tendus, à des accusations croisées et à un climat de méfiance rarement observé à ce niveau.

L’influence n’a pas disparu, mais elle a été contenue
Contrairement à certaines lectures simplistes, il ne s’agit pas d’un affaiblissement soudain de l’influence de Fouzi Lekjaa au sein des sphères décisionnelles africaines. Son poids demeure réel. Cependant, l’irruption de la FIFA dans le processus a agi comme un verrou externe, limitant toute possibilité de décision perçue comme partiale ou politiquement orientée.
Ce contexte a contraint la CAF à produire une décision « propre » sur le plan formel, difficilement attaquable juridiquement, mais politiquement frustrante pour une partie de l’opinion africaine. Résultat : personne ne gagne vraiment… sauf le Sénégal, qui sort du dossier sans conséquence sportive majeure.

Autre fait marquant : l’apparition tardive mais très significative du président de la CAF, Patrice Motsepe. Longtemps absent de la gestion quotidienne, quasi invisible depuis son élection – avec seulement deux visites au siège de la CAF –, Motsepe a été forcé de revenir sur le devant de la scène.
Son intervention n’était ni stratégique ni planifiée. Elle était nécessaire, presque urgente, tant le niveau d’embarras institutionnel était devenu élevé. Le président, jusque-là en retrait, a dû mettre fin à ce qui ressemblait de plus en plus à une longue hibernation politique, simplement pour éviter que la crise ne dégénère en scandale ouvert.

Si la direction politique a vacillé, l’administration exécutive de la CAF a, elle, vécu ce qui est décrit en interne comme ses pires journées depuis la finale concernée. Le secrétaire général, Véron Mosengo-Omba, s’est retrouvé sous une pression directe et intense, venant de plusieurs fronts à la fois : membres du comité exécutif, partenaires institutionnels et observateurs extérieurs.
Selon plusieurs sources concordantes, Mosengo-Omba confie désormais à ses interlocuteurs proches qu’il n’en peut plus et qu’un départ est imminent. Le scénario de sortie est déjà prêt : se consacrer à un projet de candidature à la présidence de la Fédération congolaise de football. Une justification politiquement acceptable, mais qui masque difficilement l’usure provoquée par cette crise.

Au-delà du cas Sénégal–Maroc, ce dossier marque un tournant. Il révèle une CAF fragilisée, tiraillée entre influences internes, pressions externes et déficit de leadership. Il met également en lumière le rôle croissant de la FIFA dans les affaires africaines, dès lors que celles-ci dépassent le cadre continental et deviennent un sujet de débat global.
La victoire du Sénégal, acquise hors du terrain, pourrait ainsi laisser une trace bien plus durable que le match lui-même : celle d’une institution contrainte d’arbitrer sous surveillance, et d’un équilibre de pouvoir désormais plus instable que jamais.

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