À chaque liste de l’équipe nationale, les débats refont surface. Mais celui qui entoure le poste de gardien prend aujourd’hui une tournure particulière.
La question mérite d’être posée sans détour : des portiers évoluant en divisions inférieures européennes ont-ils réellement un niveau supérieur à ceux qui brillent dans le championnat algérien ?
La récente sortie de Farid Chaâl s’inscrit pleinement dans cette réflexion. Le gardien du CR Belouizdad, performant sur la scène continentale, espérait une convocation chez les A après son passage avec les A’ de Madjid Bougherra. Mais Vladimir Petkovic en a décidé autrement.
Dans ses déclarations, le portier belouizdadi a laissé transparaître une frustration mesurée, mais révélatrice. « L’équipe nationale appartient à tout le monde », a-t-il d’abord affirmé, avant d’ajouter, avec une pointe d’ironie, « que Dieu guide ceux qui établissent la liste ». Un propos qui, au-delà de la forme, traduit un sentiment d’incompréhension. Chaâl ne revendique pas une place acquise, mais interpelle sur une logique de sélection qu’il juge discutable.
Il a également tenu à rappeler qu’il continuera à travailler et à répondre présent en cas d’appel. Une manière de nuancer son discours, mais aussi de souligner son ambition intacte. En évoquant indirectement la richesse du vivier local, il se positionne comme le porte-voix d’un championnat souvent relégué au second plan. Aujourd’hui, la hiérarchie semble claire.
Luca Zidane (D2 espagnole), Anthony Mandréa (D3 française), Melvin Mastil (D2 suisse) ou encore Kilian Belazzoug (cinquième division française) sont préférés. Des profils respectables, mais dont le niveau de compétition interroge lorsqu’on le compare à celui des gardiens évoluant au sommet du championnat algérien.
Une hiérarchie difficile à justifier
Car en face, des noms s’imposent avec constance. Alexis Guendouz avec le MC Alger, Gaya Merbah à la JS Kabylie ou encore Zakaria Bouhalfaya au CS Constantine enchaînent les performances. Ils évoluent sous pression, disputent des matchs à enjeu et, pour certains, brillent en compétitions africaines. Dans ce contexte, la question du « niveau » ne peut être éludée. Jouer en D2 espagnole ou en D3 française garantit-il une supériorité technique ou mentale ? Rien n’est moins sûr. Le rythme, l’intensité et la responsabilité ne sont pas toujours comparables, surtout lorsqu’on considère l’environnement particulier du football algérien. Certes, le poste de gardien reste spécifique.
Il dépend de la formation, de la lecture du jeu et de l’expérience. Mais ces qualités ne sont pas l’apanage des expatriés. L’exemple de Raïs M’Bolhi le prouve : sans évoluer dans une élite européenne majeure, il a longtemps été une référence incontestable.
Dans ce paysage, la position de Chaâl apparaît moins isolée qu’il n’y paraît. À 31 ans, il possède une expérience solide et une régularité qui plaident en sa faveur.
Sa frustration, loin d’être une simple réaction d’humeur, s’appuie sur un vécu et des performances concrètes, notamment en Coupe de la Confédération CAF où il a su répondre présent dans des matchs à forte pression. Au fond, la vraie question dépasse le cas d’un joueur. Elle concerne la crédibilité du championnat local et la confiance accordée à ses acteurs. Car à force de privilégier systématiquement l’étranger, même à des niveaux modestes, ne risque-t-on pas de dévaloriser ses propres ressources ?
Et si le problème n’était pas le niveau des gardiens locaux, mais le regard que l’on porte sur eux ?