À peine la Confédération africaine de football (CAF) pensait-elle relancer sereinement la dynamique de la CAN 2027 qu’un nouveau séisme institutionnel frappe le football africain.
Entre retards structurels révélés par Le Monde et crise ouverte au Kenya, l’organisation du tournoi entre désormais dans une zone d’incertitude rarement atteinte à ce stade des préparatifs.
La Coupe d’Afrique des nations 2027, prévue du 19 juin au 18 juillet et confiée pour la première fois à trois pays, Kenya, Ouganda et Tanzanie, traverse une période critique. Quelques jours seulement après l’annonce officielle du calendrier par le président de la CAF, Patrice Motsepe, un rapport d’inspection consulté par Le Monde a confirmé des inquiétudes déjà perceptibles dans les coulisses du football africain.
Les experts mandatés par l’instance continentale évoquent des retards significatifs dans la construction des stades, mais aussi des insuffisances dans les infrastructures d’accueil et de transport.
La mission conduite notamment par le secrétaire général par intérim Samson Adamu avait déjà dressé un premier constat préoccupant. Plusieurs sites visités ne respectent toujours pas les standards exigés pour une compétition majeure.
L’Ouganda apparaît comme le cas le plus alarmant : aucun stade inspecté ne répond actuellement aux critères de catégorie 4 de la CAF, niveau indispensable pour accueillir les rencontres de phase finale.
À Hoima, complexe pourtant construit pour l’événement, les installations destinées aux joueurs, arbitres et médias restent inachevées. La rénovation du stade Nelson-Mandela de Kampala accuse, elle aussi, un retard important.
Le Kenya, déjà fragilisé par des précédents renoncements organisationnels en 1996 et en 2018, se retrouve de nouveau sous surveillance. Le stade Talanta, infrastructure clé de Nairobi censée être livrée fin 2025, n’est toujours pas opérationnel.
Le Centre sportif international Moi figure également parmi les sites pointés du doigt. Les autorités locales affichent pourtant leur confiance et promettent une livraison rapide, mais la CAF semble désormais privilégier la prudence face à l’accumulation des retards.
Un scandale qui aggrave la crise
Comme si ces difficultés structurelles ne suffisaient pas, une crise institutionnelle majeure a éclaté au Kenya. Plusieurs membres du comité exécutif de la Fédération kenyane de football ont annoncé la mise à l’écart du président Hussein Rashid Mohammed ainsi que de hauts responsables, dont Abdullahi Yussuf Ibrahim et Dennis Gicheru.
En cause : des soupçons d’irrégularités financières portant sur près de 42 millions de shillings kényans, des violations des règles de passation des marchés publics et des conflits d’intérêts présumés.
Un communiqué de la FIFA évoque également l’exclusion « systématique » de certains dirigeants, en contradiction avec les statuts fédéraux. Dans l’attente d’un audit indépendant et d’enquêtes nationales, cette crise fragilise davantage la crédibilité du dispositif organisationnel. Pour la CAF, déjà confrontée à des délais serrés, la stabilité institutionnelle devient désormais un facteur aussi déterminant que l’avancement des chantiers.
Dans ce contexte, la Tanzanie apparaît comme le seul partenaire relativement dans les temps. Les travaux engagés à Arusha et Dodoma avanceraient conformément au calendrier, limitant pour l’instant les inquiétudes concernant ce pays.
Mais l’organisation conjointe impose une coordination parfaite entre les trois États, et les défaillances d’un seul peuvent compromettre l’ensemble du projet. Face à cette situation, la CAF étudie discrètement des solutions alternatives.
Selon plusieurs responsables africains, l’Afrique du Sud pourrait constituer un plan B crédible pour reprendre intégralement l’organisation du tournoi.
Le Rwanda suivrait également le dossier de près, prêt à se positionner en cas de retrait partiel ou total des hôtes actuels.
Une délocalisation permettrait de sauver l’échéance sportive tout en laissant plus de temps aux pays initialement désignés pour finaliser leurs infrastructures en vue d’une édition ultérieure.
À un peu plus d’un an et demi du coup d’envoi, une question s’impose désormais : la CAN 2027 restera-t-elle fidèle à son projet historique à trois nations ou deviendra-t-elle un nouveau symbole des défis organisationnels du football africain ?
Entre ambitions continentales et réalités structurelles, la CAF devra bientôt trancher : préserver le rêve ou sécuriser la compétition.