Alors que la planète football s’indigne face au projet « FIFA Forward Enterprise » — une tentative flagrante de livrer le sport roi aux appétits des investisseurs privés —, la Confédération Africaine de Football (CAF) choisit la voie de la compromission. En appelant mollement ses membres à « examiner » cette proposition controversée, l’instance dirigée par Patrice Motsepe confirme son statut de fidèle vassal de Gianni Infantino. Prête à fermer les yeux sur une marchandisation sans précédent du sport, la CAF semble avoir mis son indépendance aux enchères, aveuglée par la promesse éphémère d’un chèque de 20 millions de dollars.
L’aveuglement face à l’appât du gain
Là où l’Union Européenne et l’UEFA voient à juste titre un risque de conflit d’intérêts majeur et une dérive affairiste inacceptable, la CAF ne voit qu’une opportunité comptable. Le projet de Gianni Infantino est d’une limpidité effrayante : lever 4,2 milliards de dollars en ouvrant la gestion des compétitions mondiales (Coupes du monde, droits télévisuels, sponsoring) au capital privé.
Pour faire passer la pilule d’une société commerciale évaluée à 20 milliards de dollars, la FIFA a sorti le carnet de chèques : 20 millions de dollars exceptionnels promis en 2027 pour chaque fédération, et une dotation annuelle plus que doublée. Au lieu de dénoncer cette tentative d’achat pur et simple de l’approbation des fédérations, la direction de la CAF plonge tête baissée dans le piège, justifiant sa position par la nécessité de « soutenir l’augmentation des ressources financières ». Une vision à court terme qui menace de céder les clés de l’avenir du football africain à des fonds d’investissement guidés par le seul profit.
Un silence assourdissant et une docilité coupable
L’attitude de la Confédération africaine est d’autant plus accablante lorsqu’on la compare à la fronde mondiale. Même les confédérations nord-américaine (Concacaf) et asiatique (AFC) ont eu le courage de monter au créneau pour fustiger le passage en force de la FIFA, dénonçant un projet rendu public sans la moindre consultation préalable des 211 fédérations membres.
Face à ce mépris institutionnel, la réaction de la CAF relève de la soumission. En programmant une simple réunion du Comité Exécutif pour « évaluer » l’initiative et en demandant docilement à ses membres d’y « participer », le Dr Patrice Motsepe démontre une fois de plus son alignement systématique sur les positions de Zurich. Aucune critique sur la méthode, aucune réserve sur le fond de la privatisation : la CAF se contente de jouer les facilitateurs pour les ambitions d’Infantino.
L’illusion du développement
Vendre l’âme du football au privé sous couvert de « dynamiser le développement du sport », comme le clame le président de la FIFA, est une fable à laquelle les dirigeants du football africain ont tort de souscrire. Si le manque d’infrastructures et de financements sur le continent est une réalité indéniable, brader le contrôle des compétitions et des droits commerciaux n’est pas une solution viable sur le long terme.
En acceptant de devenir les VRP de la FIFA Forward Enterprise, les dirigeants de la CAF sacrifient l’indépendance de leurs associations. L’Afrique ne devrait pas se contenter d’être la caution morale d’une opération financière mondiale au profit d’intérêts privés. Il est grand temps que la CAF se souvienne de sa mission première : défendre les intérêts fondamentaux du football africain, et non le portefeuille de la FIFA.